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Du Thanaka pleins la face… à Yangon

Le Myanmar n’était pas prévu sur notre itinéraire. A force d’en entendre les récit par des voyageurs croisés en chemin, une grosse envie d’y tenter l’aventure s’est inscrite en nous. Bon, on apprend que pour s’y rendre il faut un visa au préalable, on s’en occupe. Le passage par les postes routiers semble compliqué, long, propice à la corruption; on opte donc pour un avion local depuis la Thailande, sauvant ainsi 2 jours de voyages pour 1h de vol.

Et voici qu’un samedi, on atterrit sur un tarmak vierge à nos yeux. Yangon, ça sonne vraiment exotique.. Un nouvel ‘ »ailleurs » remplace bientôt l’excitation qui parcourt nos corps électriques à chaque terre inconnue. Et pour dire inconnue il faut dire que l’on ne connait pas grand chose de ce pays. On le connait sous le nom de Birmanie, mais ce pays là a choisit comme ça de changer de nom comme on change d’adresse. Myanmar à présent…. qu’il en soit ainsi.

Je n’ai pas voulu remplir ma tête d’images avant d’y rentrer afin de ne pas altérer ma première « sensation ». Je connais seulement sa situation géographique, que c’est un des pays les plus pauvres d’Asie, qu’il subit un dictat des armées depuis des lustres, qu’il y a encore aujourd’hui des zones de combats civils entres musulmans et bouddhistes (quoi des bouddhistes au combat ?). Je sais aussi que certaines zones sont ouvertes et soi-disant sures à présent pour les occidentaux..

On arrive donc avec la crainte d’y ressentir une certaine autorité, mais pas dans sa première impression. Ce pays ne ressemble à mes yeux à rien que je connaisse vraiment. Après un passage des douanes plutôt aisée, on passera sur le fait qu’il n’y ait pas de transports prévus pour rejoindre la ville, mais à la place une mafia de taxi au prix assez fixe. On trouve d’autres personnes pour partager le coût puis on se lance dans les bouchons. Notre chauffeur de taxi montre sa bonne humeur et nous parle un peu de sa ville. Il pratique son anglais mais ici l’accent « anglais » est très différent et difficile pour nos oreilles habituées aux pays voisins. Déjà peu le parlent mais souvent, c’est avec un accent à couper à la baguette chinoise. Et avec nos accents de francophones on se comprend 😉

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Je remarque qu’ici, les gens chantent beaucoup !! Un grand nombre de personnes chantonnent à voix haute, tel un officier d’immigration à l’aéroport, un chauffeur de taxi, des employés d’auberges… En fait on se rendra vite conte que les Birman sont des gens serviables et extrêmement souriant; un grand plus qui aidera grandement dans un pays que l’on a mis un peu de temps à vraiment apprécier.

Des sons nouveaux remplissent nos oreilles, et on se sent vite ailleurs. Curiosité : les gens roulent à droite mais avec des voitures avec un volant à droite…. Peut être un héritage du parc automobile de la Thaïlande.
Le centre-ville se présente de nuit, très vivant avec un nouveau constat: aucun scooter ou moto visible… La petite histoire nous enseigne que le chef de l’armée au volant de sa voiture en pleins Yangon, a un jour renversé par accident une mobylette; résultat: : Il a interdit sur le champ tous les deux roues de la ville !! Imaginez la même audace chez nous.

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Généralement on ne réserve jamais d’hôtels ou d’auberges à l’avance. On débarque et on trouve très souvent facilement. Ici ce n’est pas le cas; du moins pas en ville. On y a surtout vu des hôtels à prix dingue et des auberges de jeunesse aux pris eux aussi complètement exagérés: $13 par personne pour dormir dans un dortoir, ça frise le ridicule ici. On se rabattra sur ce dernier, fatigués de tourner dans les rues; résignés à l’idée qu’ici l’hébergement grimpe au ciel.

De jour, enfin, on y découvre une ville au charme particulier. J’ai la sensation de débarquer dans le monde de Enki Bilal, sans ses voitures volantes. On a l’impression qu’une guerre viens de sévir, tant la ville est décrépie. Les amas de fils électriques sont comme des artères de la ville à coeur ouvert. J’y vois des murs détruits, des trottoirs défoncés, des nids de poules partout, des peintures de 50 ans et des antennes paraboliques tournées vers le ciel tel des oiseaux immobiles. Un joyeux bordel, contrasté grâce à des gens carrément souriants.

On y retrouve un petit peu l’ambiance de rue de Hanoi. Partout les gens vivent dans la rue, vendent sur les trottoirs tout ce qu’ils peuvent trouver, objets de toutes sortes, usés et dépareillés. On traverse un quartier chinois, des rues entières de restaurants et grillades sur trottoir puis un quartier de bâtiments coloniaux en piteux état… Yangon possède un certain charme, un je ne sais quoi qu’on aime tous les deux.

Un constat aussi, tous les hommes sans exceptions portent des longyis, des sorte de robes à carreaux; un équivalent  au sarong d’Indonésie. Les femmes en portent aussi mais à motifs fleuris.

Marchant dans les rues, on aperçois partout de mystérieuses taches rouges au sol: C’est du jus de bétel, une plante que le monde chique entourant du tabac de la chaux et une noix de d’arec. Résultat la salive devient rouge, ça crache franchement matin et soir et leur joyeux sourire se teinte d’une mâchoire bien rouge… constat un peu amer.

Dans la série beauté, par opposition, en plus de chercher à avoir la peau blanche (comme souvent en asie) de nombreuses femmes, enfants et certains hommes en moindre mesure, se maquillent d’une étrange pâte jaune au visage. C’est du Thanaka, le produit de cosmétique Birman par excellence. Issue de l’arbre portant le même nom, Les femmes râpent le bois directement pour en faire une pâte, puis l’étalent sur leur visage en rond, ou parfois en dessins plus artistiques. Le Thanaka serait un produit ancestral, rafraichissant qui protège des coups de soleil, de l’acnés et aurait des vertus anti-rides ! Cela donne une sensation d’être en pleins carnaval, mais les gens semblent très fier de le porter ici. Moi je trouve cela assez fascinant à voir.

Une autre journée, nous décidons de nous rendre à la gare locale pour prendre un petit train qui fait le tour de la ville et des campagnes environnantes en 3h. Le tout coute des cacahuètes et nous permet de vivre une expérience locale et amusante assis, bon je l’avoue sans grand confort sur des bancs de bois. Le voyage s’avère très lent, mais hautement divertissant, entre les locaux qui marchent et vivent le long de la voie ferrée, les vendeuses de pastèque qui arpentent les wagons, leur grand plat sur la tête, le train servant de transport de marchandises, au beau milieu des passagers…

Les gares semblent sorties d’un vieux film super 8 et dans le train, pas de portes ni fenêtres; bien qu’on ne roule pas très vite. On passera un bon moment voué à la contemplation, passant dans la même journée, de la ville, des quartiers pauvres aux banlieues et villages de campagnes. En retour de train, j’assiste à un transfert de prisonniers menottés, poussés dans un camion bâché, le tout encerclé de soldats l’arme au point. la vision glace le sang, tout droit sortie d’une autre époque, du moins pour nous.

La réalité semble différente dans ce pays, on en apprendra plus par la suite mais pour le moment on se demande comment ces gens sourient autant face à la pauvreté et la dureté de leur régime. Je sais ça sonne un peu creux et pourtant ce constat reste en tête. Le lendemain nous partons pour Mandalay plus au nord, désireux d’en voir plus sur ce pays qui pour le moment nous étonne pas mal.

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2 réponses à “Du Thanaka pleins la face… à Yangon

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