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Mama chu, séjour chez les hmongs

Nous avons pris la direction du Nord sans grandes idées précises, autres que quelques villages isolés, et des rizières en pleines montagnes. Nous y avons vécut un autre aspect du Vietnam et peut être de notre manière de voyager.

La route sinueuse menant à Sapa est depuis longtemps dans la brume quand nous perçons l’épaisseur des nuages. L’ancien village devenu station coloniale est à présent une ville touristique de montagne à 1600m. Le soleil est vibrant, l’air vif et l’azur d’un bleu profond que nous avons encore peu vu.

Sur le coup,  la vision des hôtels restaurants « cheap » et agences de tours nous a un peu repoussé. C’est le genre d’endroit où l’on se fait assaillir dans la rue pour acheter n’importe quel bidule.

  » You buy from me… Cheap cheap for you ! »  Le genre d’endroit où l’on sait ne pas être les premiers blanc à venir…

Et c’est ici, dans la rue et parmi les harceleurs de porte monnaie que l’on a rencontré Mama Chu. Peut être était-ce son sourire, ou l’arrivée sous un soleil nouveau, mais notre intuition nous mène à l’écouter.

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Mama Chu est minuscule, pas plus grande que les buffles de la région et porte un habit traditionnel sombre et coloré brodé à la main. Elle fait partie d’une ethnie du nord, les H-mong noir. Ne parlant pas le Vietnamien mais le dialecte Hmong daw, elle a appris l’anglais grâce aux touristes. Possédant quelques notions de français, elle nous propose de venir passer un jour ou deux dans son village. Elle nous guiderait jusqu’à sa famille et cuisinerait un met local chez elle.
Elle nous montre un petit carnet où d’autres voyageurs content leurs séjours chez elle. Les notes sont en français, anglais, espagnol ou japonais et racontent la vie avec sa famille. Le prix qu’elle demande est décent et elle semble d’une honnêteté rare.

En bourlingueurs habitués aux arnaques, on se sent d’abord un peu méfiant. Dans ce village touché par le tourisme de masse, ces petites femmes en tenue  traditionnelle sont la seule trace d’une culture « originelle ». L’idée que l’argent aille (apparemment) directement à la communauté plutôt qu’une agence louche nous plaie. Et puis je crois qu’il y a une certaine couleur dans son regard qui nous séduit. On évalue la météo, décidons de se reposer un peu et prenons rendez-vous 2 jours plus tard devant l’église locale.

La décisions fut sage, le temps dans cette région est très changeant et, le soir même, la brume tombe comme une chape. Le brouillard épaissit tout, remplit l’espace et change l’atmosphère à mesure que dans les rues, les silhouettes dansent comme des ombres. Nous retrouvons Mama Chu tel que prévu avec un couple faisant aussi partie du voyage. Nicolas et Lucie, un couple de français  bien causant, actuellement en tour du monde.

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La randonnée du premier jour est caustique. Mama Chu en meneuse charismatique et « maman » soucieuse de ses canaries nous a fait grimper dans de petits chemins boueux.

– « Attention attention ! Otojon, Otojon, ça glisse ! « 

Elle nous débite quelques mots en français, d’autres dans son langage; certains glissent, d’autres rigolent; la bonne humeur entre dans la partie.
Nous grimpons à travers forêts luxuriantes et cultures de thé, tandis que notre guide parle de sa culture. Ensuite vient l’arrêt lunch dans un baraquement oú l’on nous sert un Mì Xào (sorte de nouilles aux oeufs) sauté aux légumes, un plat basique de la cuisine viet. On repart, le soleil fait de même et nous marchons l’après midi à travers petites fermes isolées, cochons noir, buffles en liberté, femmes brodant sur leurs porches et une impressionnante vallée de rizières dorée.

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Nous arrivons chez elle vers 16h, et découvrons un mode de vie vraiment très rudimentaire et sincère. Leur maison en plein milieu des rizières est faite de planches de bois, dont on peu voir le jour à travers et d’une toiture en tôle. Tout est ouvert, les poules vont et viennent dans nos jambes et l’intérieur ressemble à la fois à une grange et un simple abri. Le sol est spartiate, fait de pierre et de terre battue. Un petit âtre rudimentaire est ouvert sur la pièce, servant pour la cuisine ou lors de fraiches soirées. Rien n’est prévu pour la fumée qui s’accumule très vite sous le toit. L’entrée quand à elle, est la pièce principale servant d’atelier de menuiserie ou de salle à manger quand ils reçoivent.
Une autre pièce fait office de « cuisine », où un grand récipient en pierre recueille une dérivation du canal, seule source d’eau de la maison. Ce coin habite aussi de simples lates en bois surélevées ornées de paillasses: les lits de la famille.

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Mama chu nous raconte peu à peu sa vie. Marié à 17 ans, analphabète, elle est le portrait de ces femmes de campagne, fortes et fières ayant travaillé dur toute leur vies. Son mari et elle triment dans les champs; ils perdent leur premier enfant quand elle a 23 ans et en auront ensuite 4: 3 filles et un garçon, l’ainé (aujourd’hui âgés de 16, 13, 12 et 6 ans).
Durant des années, elle devient femme au foyer, son mari est charpentier et homme à tout faire. Bien plus tard elle décide de trouver un nouvel apport au foyer, apprend l’anglais, se met à vendre de l’artisanat, des bracelets en argent et portes monnaie brodées qu’elle vend comme d’autres aux touristes de Sapa. Puis elle commence à amener des voyageurs chez elle, tentant d’apporter à ses enfants une autre ouverture sur le monde.
Ses enfants sont chanceux, il y a dans le village une école (obligatoire jusqu’à 15 ans au Vietnam) qui leur dispense d’avoir à marcher des km chaque jour pour s’y rendre, comme cela semble le cas pour de nombreuses familles. Ils y apprennent le Vietnamien, on se demande combien de temps encore perdurera leur langage. Pour la suite, la famille n’a pas les moyens de les envoyer à l’université.

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Quand nous les rencontrons, le père apprend à son fils le métier de menuisier. Ils travaillent sur des poutres pour une future maison qu’ils construisent plus bas, plus grande et de meilleure qualité. On comprend que depuis peu, ils commencent à s’en sortir mieux.
On apprend aussi que par tradition leur fils, étant le dernier, va devoir rester avec eux toute sa vie. Il pourra trouver une femme (apparemment « sélectionné » par les parents) élever des enfants, mais devra vivre avec eux. Ils s’assurent ainsi d’avoir quelqu’un qui s’occupe d’eux quand ils ne le pourront plus. Nous avions vu cela en Indonésie mais pas aussi « officiel ».

Le repas du soir se prépare. On propose d’aider mais Non ! Les invités se doivent de rester dans leurs rôles. On sort pour nous une table haute (nos tables standards), car eux mangeront sur une table basse à 20 cm du sol, assis par terre. Il faut dire qu’il n’y a pas vraiment de place pour tous. Le repas est servit, de la viande de cochon grillé, des gros haricots vert frais, du tofu, des oignons en sauce, du riz et un bouillon. C’est vraiment succulent.  Il y aussi comme partout au vietnam un petit pot de pâte de piment frais pour « tuer les maladies » dit Mama chu en rigolant.
Au vietnam, comme d’autres pays d’Asie, on sert tous les plats sur la table et on partage, baguettes à la main. Notre hôte agira encore en « maman » avec ses petits et insistera pour nous resservir jusqu’à plus faim; on sent sa fierté à nous offrir cela.
Notre présence amène avec elle ce repas plus « exceptionnel », et elle m’avouera ensuite que le leur est plus souvent fait de quelques haricots et de riz.

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Le reste de la soirée se poursuit, la petite fille joue de rien, fabrique une poupée en papier toilette; je note que le père semble investi dans l’éducation de sa fille. Les ados vont se coucher,  le calme s’installe. Mama Chu pousse un peu la soirée, ranime le feu (le bois est économisé et mis au conte goutte), nous montre des photos et nous discutons encore un moment.

Quand vient l’heure de se coucher, une petit échelle mène à une mezzanine sous les toits où deux matelas (les seuls de la maison) sont entourés de moustiquaire. Le corps fatigué, l’esprit rêveur, nous nous endormons très vite la tête sous les toits au milieu des sacs de riz…

6h du matin, la lumière perce, un chant de coq, les enfants bougent déjà, le feu crépite pour chauffer l’eau du thé.
On sort voir le lever du soleil dans les rizières avoisinantes, une tasse chaude dans les mains; cascades de miroirs, et cette lumière ! C’est vraiment irréel.

Nous passerons une autre journée unique avec Mama Chu et Mama Bla, une copine qui était déjà de la partie la veille. Elle nous cuisinera d’excellents rouleaux de printemps sur le feu et nous partirons de nouveau explorer sa vallée et d’autres villages.

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Nous retournons à Sapa, sur le dos de motos-taxi inconfortables par une route plus directe mais bien moins charmante.

Finalement venus sans idées précises, nous en ressortons heureux, nourrit d’une chance inouïe d’être resté dans une famille du peuple des montagnes. Avoir pu observer leurs habitudes de vie, discuter et partager ainsi; tout cela restera longtemps dans nos   mémoire. Bien plus qu’un enrichissement, ce genre d’expérience est une des raisons qui nous font voyager. Cela permet de remettre en perspective nos modes de vies, nos choix et nos croyances. Quelque part cela permet de nous approcher un peu plus de l’autre.

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